Glissez le curseur pour comparer · Source : IGN — Licence Ouverte Etalab 2.0
Fos doit son nom à un canal : les Fossae Marianae, creusées sur l'ordre du général romain Caius Marius pour relier le Rhône à la mer. Deux mille ans plus tard, c'est encore l'eau qui décide du destin du lieu. Au bord du golfe de Fos, entre la plaine de la Crau et la mer, s'étend aujourd'hui un immense complexe industrialo-portuaire — hauts-fourneaux, raffineries, bacs pétroliers, darses. Il y a soixante ans, ce n'étaient que des étangs, des marais salants et des cabanes de pêcheurs. Glissez le curseur pour retrouver le paysage d'avant.
Sur l'orthophotographie IGN de 1950-1965, le site est un espace naturel : des étangs — Lavalduc, l'Estomac, l'Engrenier —, des marais salants, des cabanes de pêcheurs au bord de l'eau, adossés aux cailloutis de la Crau. Fos n'est alors qu'un village : 2 869 habitants au recensement de 1968. Ce qui rend le lieu précieux aux yeux des aménageurs se voit à peine sur l'image : des terrains plats presque vides, et un golfe dont les fonds atteignent 10 à 20 mètres.
Le port de Marseille étouffe entre la ville et les collines. L'extension se fera sur le golfe de Fos : l'État en décide au début des années 1960, et le port autonome de Marseille, créé par une loi de 1965, voit officiellement le jour le 1er avril 1966. La zone industrialo-portuaire est inaugurée fin 1968. On y creuse des darses, ces longs bassins rectilignes qui entaillent la côte et que l'on repère immédiatement sur la vue actuelle : deux sont achevées, la troisième est stoppée net par la crise pétrolière de 1973.
Vue large : l'emprise industrielle sur les étangs et la Crau
La pièce maîtresse du projet est une usine sidérurgique « sur l'eau », alimentée par minerai et charbon débarqués directement des navires. La société Solmer est constituée le 27 juin 1969 et un conseil interministériel du 11 décembre 1969 en décide la construction, avec pour horizon 7,5 millions de tonnes d'acier par an. La production démarre en 1974 : 820 000 tonnes sortent de l'usine la première année. En 1978, le site emploie 7 100 personnes. Devenue Sollac Méditerranée puis ArcelorMittal, l'aciérie produit toujours des bobines d'acier laminées à chaud.
Autour de l'aciérie, d'autres silhouettes se lisent du ciel. Les grands réservoirs cylindriques du terminal méthanier de Fos-Tonkin, mis en service en 1972, puis ceux de Fos-Cavaou, ouvert en 2010, reçoivent le gaz naturel liquéfié. Les quais à conteneurs alignent leurs portiques ; le port traite au total près de 70 millions de tonnes par an. Et les bassins rectangulaires des salins, qui couvrent encore quelque 6 000 hectares, rappellent le paysage que l'industrie a remplacé.
La zone s'étend aujourd'hui sur plus de 10 000 hectares — jusqu'à 20 000 selon le périmètre retenu. Son arrivée a bouleversé la démographie : Fos passe de 2 869 à 6 709 habitants entre 1968 et 1975, et en compte près de 16 000 aujourd'hui. Le prix de cette croissance se mesure aussi en santé publique : une étude publiée en 2018 a confirmé la contamination des habitants par les gaz toxiques rejetés par la zone.