Lac du Der : trois villages noyés pour protéger Paris des crues (1974)

Glissez le curseur pour comparer · Source : IGN — Licence Ouverte Etalab 2.0

Deux cent vingt-cinq habitants à Champaubert-aux-Bois, soixante-trois à Nuisement, cinquante-sept à Chantecoq : environ 300 personnes ont dû quitter la vallée du Der pour laisser place au lac du Der-Chantecoq, 48 km² d'eau inaugurés en 1974. Glissez le curseur : sous le lac réapparaissent les champs, les haies et les villages d'avant.

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Une vallée bocagère aux confins de la Marne

Sur l'orthophotographie IGN de 1950-1965, le Der est une campagne de champs, de haies et de bois, où les trois villages se lisent comme de petits noyaux de toits le long des routes. Champaubert-aux-Bois était le plus peuplé ; Nuisement-aux-Bois et Chantecoq ne comptaient chacun qu'une soixantaine d'habitants. Avant la mise en eau, les maisons ont été brûlées et détruites : rien n'a été laissé debout au fond du futur lac.

1967-1974 : un réservoir pour la Marne et pour Paris

Le chantier commence en 1967, conduit par l'institution interdépartementale chargée des barrages-réservoirs du bassin de la Seine — aujourd'hui Seine Grands Lacs. Le lac est inauguré le 3 janvier 1974 par Robert Galley, ministre de l'Équipement. Ce n'est pas une rivière barrée mais une cuvette fermée par 20,3 km de digues, alimentée par un canal d'amenée de 11,8 km qui prélève l'eau de la Marne, et vidangée par un canal de restitution de 3,5 km.

Sa fonction est double : retenir l'eau des crues de la Marne pour protéger la vallée jusqu'à l'agglomération parisienne, puis la restituer pour soutenir le débit des rivières en période de basses eaux. Son volume nominal atteint 350 millions de m³, pour une profondeur maximale de 18 mètres.

Vue large : l'emprise du lac sur l'ancienne vallée

Ce qui a survécu à la mise en eau

Une seule construction est restée en place : l'église de Champaubert, érigée au XVIᵉ siècle et reconstruite en 1873-1874. Légèrement en hauteur, elle a été épargnée par les eaux et se dresse aujourd'hui au bord du lac, sur la presqu'île qui porte le nom du village disparu. L'église de Nuisement, elle, a été déplacée avec son cimetière, comme la mairie-école, la maison du forgeron et un pigeonnier : ils font partie du village-musée du pays du Der, ouvert en 1999.

Une halte majeure pour les grues cendrées

Le lac a produit un effet que ses concepteurs n'avaient pas programmé : il voit passer chaque année de 200 000 à 350 000 grues cendrées en migration. Le record a été établi le 3 novembre 2019, avec 268 120 oiseaux comptés. Réserve nationale de chasse dès 1978, le site est inscrit en 1991 dans une zone Ramsar de 235 000 hectares, la plus vaste de France métropolitaine.

Questions fréquentes

Peut-on voir les restes des villages engloutis du Der ?
Pas sous l'eau : les maisons ont été détruites avant la mise en eau. L'église de Champaubert est toujours debout au bord du lac, et plusieurs bâtiments de Nuisement ont été remontés au village-musée du pays du Der.
Des grues cendrées passent-elles l'hiver au lac du Der ?
Oui : si la plupart ne font qu'une halte migratoire, 20 000 à 30 000 grues cendrées hivernent sur place chaque année.
Peut-on faire le tour du lac du Der à vélo ?
Oui : une piste cyclable de 38 km fait le tour complet du lac.
Le lac du Der a-t-il déjà servi contre une crue ?
Oui. Lors de la crue de mai 2013, le volume d'eau que le lac pouvait absorber a atteint 361,94 millions de m³, au-delà de son volume nominal de 350 millions de m³.

Sources