Serre-Ponçon : la vallée engloutie par le lac (1961)

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Sur la haute Durance, là où s'étend aujourd'hui le lac de Serre-Ponçon, il y avait une vallée agricole et deux villages, Savines et Ubaye. La mise en eau, achevée le 18 mai 1961, les a fait disparaître : plus d'un millier d'habitants ont dû partir. La photographie aérienne de 1950-1965 a été prise avant que l'eau ne monte. Glissez le curseur : sous le lac réapparaît la vallée d'avant.

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Un barrage impossible pendant un demi-siècle

Les crues catastrophiques de la Durance, en 1843 et en 1856, font naître l'idée d'une retenue. Dès 1909, l'ingénieur Ivan Wilhelm en propose plusieurs variantes, mais douze campagnes de sondages, jusqu'en 1927, concluent à l'impossibilité : les alluvions descendent jusqu'à 105 m de profondeur, sans rocher sur lequel appuyer un barrage en béton.

La solution viendra d'un barrage en remblai, une digue de terre à noyau étanche. La loi du 5 janvier 1955 lance l'aménagement, et le chantier dure d'avril 1957 à novembre 1959, avec jusqu'à 3 000 ouvriers au plus fort. L'ouvrage mesure 123 m de haut, 600 m de long en crête et 650 m d'épaisseur à la base : c'était alors le plus grand barrage en terre d'Europe.

Vue large : l'emprise du lac sur l'ancienne vallée

Ubaye rasé avant l'eau, Savines englouti pendant

Sur l'orthophotographie de 1950-1965, le vieux Savines se lit encore nettement : un village-rue le long de la route nationale, des champs, la Durance en tresses à côté. En amont, le hameau d'Ubaye, qu'on surnommait « le Petit Nice », borde la route au-dessus de la rivière.

Ubaye meurt le premier : la commune est dissoute le 16 mai 1959 et le village détruit en juillet, avant même le début de la mise en eau. Ses habitants obtiennent que leur cimetière soit déplacé pierre par pierre, 300 m plus loin : c'est tout ce qui reste de la commune. À Savines, 225 constructions sont démolies au fil de la montée des eaux, et l'église est dynamitée le 3 mai 1961, quinze jours avant la fin du remplissage. Au total, 417 immeubles disparaissent.

Savines devient Savines-le-Lac

Le village est reconstruit plus haut, sur la rive, par l'architecte Achille de Panaskhet, et prend le nom de Savines-le-Lac. Le choc démographique est brutal : 976 habitants en 1954, 408 en 1962. Il faudra attendre le milieu des années 2000 pour dépasser à nouveau le millier. Vue du ciel, le pont de 924 m achevé en 1960 franchit le lac à l'endroit même du village noyé. Avec 28 km² et 1,27 milliard de m³, Serre-Ponçon est le plus grand lac artificiel de France métropolitaine. Le cimetière du vieux village et une quinzaine de maisons, restés au-dessus de la cote de la retenue, ont survécu à l'eau.

Questions fréquentes

Peut-on voir les ruines de Savines quand le lac est bas ?
Parfois. Lors de la sécheresse de 2022, le niveau du lac est descendu d'une quinzaine de mètres fin août, et des vestiges du vieux pont et des fondations sont réapparus.
Qu'est-ce que la chapelle sur l'île du lac de Serre-Ponçon ?
C'est la chapelle Saint-Michel, bâtie au XIIᵉ siècle au hameau de Couches. Située au-dessus de la cote maximale de la retenue, elle a été épargnée et sa butte est devenue un îlot ; le cimetière qui l'entourait, lui, a été englouti.
À quoi sert le barrage de Serre-Ponçon ?
À régulariser la Durance, à produire de l'électricité (environ 700 millions de kWh par an pour la seule centrale du barrage) et à garantir jusqu'à 200 millions de m³ d'eau par an pour l'irrigation de la Provence.
Quel film a été tourné pendant le chantier ?
« L'Eau vive » (1958), de François Villiers, sur un scénario de Jean Giono, tourné pendant la construction du barrage. Sa chanson, interprétée par Guy Béart, est restée célèbre.

Sources