Glissez le curseur pour comparer · Source : IGN — Licence Ouverte Etalab 2.0
Le 20 juillet 1963, après seize mois d'efforts, la Rance est coupée de la mer. Pendant trois ans, entre Dinard et Saint-Malo, l'estuaire ne connaît plus la marée : on y construit, à sec, la première usine marémotrice industrielle du monde. Avant ce chantier, la Rance était un estuaire libre, ouvert sur la Manche. Glissez le curseur : sous le barrage réapparaît l'estuaire d'avant.
Sur l'orthophotographie IGN de 1950-1965, la Rance découvre à marée basse de vastes vasières et des chenaux. Le secteur connaît l'un des plus forts marnages d'Europe : près de 14 mètres entre haute et basse mer. L'idée d'en tirer de l'énergie est ancienne — des moulins à marée jalonnaient déjà les rives. Un ingénieur propose une usine dès 1897, un autre, Georges Boisnier, en 1921 ; pendant la guerre, Robert Gibrat reprend ces études et fonde une société d'étude de l'utilisation des marées.
Les travaux commencent en janvier 1961. Le plus difficile est de fermer l'estuaire : à mi-marée de vives eaux, le courant y atteint 18 000 m³ par seconde. L'ingénieur Albert Caquot imagine des cylindres de béton armé de 26 mètres de long, amenés en flottant, basculés à la verticale puis remplis de sable, qui tiennent ensemble « comme les dents d'un peigne ». Deux batardeaux isolent ainsi le chantier. L'usine est inaugurée par le général de Gaulle le 26 novembre 1966, la route qui la surmonte ouvre le 1er juillet 1967, et le raccordement au réseau suit en décembre.
Vue large : le barrage et le bassin de retenue en amont
Le barrage, long de 750 mètres, trace une ligne droite d'une rive à l'autre. Il abrite 24 groupes bulbes de 10 MW, soit 240 MW, une écluse de 65 mètres sur 13 pour les bateaux, et porte la route départementale entre Dinard et Saint-Malo. En amont s'étend un bassin de 22 km². Il produit de l'ordre de 500 GWh par an, la consommation d'une ville de 225 000 habitants comme Rennes.
Privé de marée pendant trois ans, l'estuaire a vu sa salinité varier fortement, et sa faune et sa flore disparaître presque entièrement. Il a fallu une quinzaine d'années pour qu'un nouvel écosystème s'installe : au début des années 2000, on y recensait 70 espèces de poissons et 47 de crustacés. Il n'est plus celui d'avant — le marnage dans le bassin est tombé à 7,50 mètres, le bar et la seiche sont remontés, la plie a disparu — et l'envasement progresse d'environ 1 % de la capacité par an.